Manipulation de l’information ?

Les manifestations anti-gouvernementales

L’espoir que 2012 sera finalement une année calme et sans scandales s’est estompé dès le deuxième jour de l‘année. Le 2 janvier, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Budapest contre la nouvelle constitution, entrée en vigueur la veille et modifiée par le gouvernement majoritaire en avril dernier.

 


 

Pendant que le parti au pouvoir était en train de célébrer la nouvelle loi fondamentale lors d’une cérémonie organisée à l’Opéra National, des milliers de manifestants scandaient dans les rues : "Dictature d’Orbán", " Orbánistan" à l’adresse de leur Premier ministre. Ils jugent que la nouvelle constitution porte atteinte à la démocratie. Les organisateurs ont indiqué que près de 100 000 personnes se seraient rassemblées en fin d’après midi sur l’une des principales artères de la capitale pour afficher leur désaccord face au gouvernement. 100 000 personnes selon les organisateurs, 70 000 selon les observateurs... En tout cas, les média publics n’ont pas manqué de dissimuler l’ampleur de la manifestation. Dans le JT du soir, ils ont diffusé les évènements en direct sans avoir filmé la moindre foule. Ainsi, le reportage a dépeint une ambiance résignée, une manifestation décousue, sans objectif fixé. En vérité, des milliers de personnes ont assisté aux discours critiquant la politique et la législation du gouvernement. Les représentants du parti socialiste MSZP, le parti écologiste LMP et le nouveau parti DK de Ferenc Gyurcsány ont également participé au rassemblement. Le nom de l’événement, " Il y aura de nouveau une république " faisait référence à l’une des dispositions de la nouvelle constitution, qui remplace la " République de Hongrie " par la simple " Hongrie ".

S’agit-il d’un simple bug ou d’une manipulation de l’information ? La divergence évidente entre les images diffusées dans les média public et l’expérience des manifestants a rapidement été soulevée et a fait le tour des réseaux sociaux. Deux images, la première montrant les rues vides, enregistrée par la chaîne MTV et la deuxième révélant une foule gigantesque prise au même moment par des observateurs indépendants, a choqué l’opinion nationale et internationale. Le site web de la chaine britannique, BBC, a fait sa une avec l’actualité hongroise, évoquant un rassemblement monstrueux dans la capitale contre la nouvelle constitution le 2 janvier. En même temps l’article insistait sur le fait qu’outre la politique du gouvernement et la désillusion croissante de la population, la Hongrie plonge dans une crise profonde, une menace beaucoup plus terrible que la foule devant l’Opéra. Il faut noter également que la nouvelle constitution a suscité les critiques de l’Union européenne, de la chef de la diplomatie américaine, Hilary Clinton et des ONG, comme Amnesty International, qui lui reprochent de limiter les pouvoirs de la Cour constitutionnelle, de menacer le pluralisme des média et de mettre fin à l’indépendance de la justice. Les réformes controversées sur la loi électorale, la liberté religieuse, et l’avortement ont également fait l’objet d’accusations de la part de la communauté internationale. En Hongrie beaucoup craignent la manipulation des média publics en faveur du gouvernement, tandis que MTV évoque un simple bug à propos de son reportage, revu et corrigé d’ailleurs le lendemain avec des images plus crédibles, mais sous-estimant toujours l’ampleur du rassemblement. D’après des sources non officielles, certains collaborateurs du JT de MTV auraient déposé leur démission en raison d’un manque de crédibilité irréversible de la chaîne dans cette affaire.

Kata Bors

 

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