La Garde hongroise: nouvel épisode

La Garde hongroise: nouvel épisode

Tandis qu’une grande partie de la population attend impatiemment la dissolution de la Magyar Gárda par la justice hongroise, les activistes de ce groupe très contesté continuent desemer la terreur parmi les populations roms et juives du pays. Au cours des derniers mois, ils ont multiplié des actions à Budapest et l’association (puisque tel est son statut) s’est aussi “présentée” dans plusieurs villages où résident principalement des roms. L’activité de la Garde Hongroise a des échos dans plusieurs pays européens, en particulier en Slovaquie, pays voisin avec lequel les relations de la Hongrie ne sont pas au beau fixe. C’est pourtant à Bratislava que la réunion entre la Gárda et son homologue tchèque a eu lieu le 21 juillet.

Mais respectons l’ordre chronologique. Suite à la premiere marche de la Garde Hongroise à Tatárszentgyörgy en décembre dernier, le Parquet de Budapest a intenté une action en justice contre l’association. Le procès s’est ouvert le 12 mars dernier mais le verdict se fait attendre puisque l’audience a été reportée au 1er septembre prochain. Afin de mettre cette période à profit, la Garde se montre de plus en plus active et ne cesse d’élargir sa base.

Fin mars, plusieurs centaines de personnes ont ainsi prêté serment sur la Place des Héros et sont devenues membres de la Gárda, élevant le nombre de ses activistes à environ 1200 personnes. Suite à cette cérémonie, des opposants ont investi les lieux et une quinzaine de personnes, équipées de balais et de serpillières, a symboliquement nettoyé la place des idées extrémistes. Les policiers dépêchés sur place ont dû intervenir pour empêcher tout échaufourré.

C'est, depuis, la principale raison pour laquelle la police encadre tout événement lié à la Garde. Elle était ainsi présente le 13 juin lorsque la Gárda est descendue dans les rues de Pátka où, une semaine plus tôt, des inconnus avaient jeté des cocktails Molotov sur les maisons des familles roms. Leurs marches à Pátka et, une semaine plus tard, à Szikszó se sont déroulées dans le calme mais ont suscité de nombreuses réactions dans la presse et parmi la classe politique. Orbán Kolompár, président de l’autorit locale tsigane, s’est ainsi adressé à Viktor Orbán à travers une lettre ouverte dans laquelle il demande au leader du Fidesz d’exclure de son parti tous les membres qui sont liés à la Gárda.

Budapest n'est pas en reste et les “gárdisták” y apparaissent assez souvent en public. Début juillet ils se sont réunis place Kossuth pour une distribution symbolique de pain. Selon un témoignage publié sur leur site internet, cette action avait pour but de distribuer du vrai pain hongrois, de refuser ainsi les produits des hypermarchés et dire non à la mondialisation et aux politiques du gouvernement qui, à leurs yeux, entraînent la chute du pays. Ils ont également participé à une manifestation dans le XIIe arrondissement où plusieurs organisations ont décidé de protester contre le déboulonnement de la fameuse statue du “Turul”. (Cet oiseau, dont une autre représentation se trouve au Château de Buda, est un ancien symbole mythologique. Il fait aujourd’hui l’objet de vives polémiques entre la droite et la coalition socio-libérale, cette dernière ayant souligné qu’au cours du XXe siècle le turul était devenu l'un des symboles des groupes à caractère antisémite).

Par ailleurs, il est question sur le site de la Magyar Gárda d'un autre type d'actions. A Gesztely (près de Miskolc) le maire aurait demandé l’aide de la Garde pour consoldider les digues, tâche que les “gárdisták” auraient accomplie en collaboration avec les roms de ce village. Pourquoi ce geste n’a-t-il pas eu autant d’échos dans la presse que leurs actions jugées fascistes, s'interroge l’auteur du témoignage.

Les journalistes hongrois ne sont toutefois pas les seuls à attribuer à ce mouvement un caractère clairement néo-nazi. Ainsi, il y a quelques semaines, le Frankfurter Allgemeine Zeitung consacrait-il un article à la violence et à la haine auxquelles doivent faire face les minorités en Hongrie, tout en soulignant l’impuissance du gouvernement hongrois face à la Garde. Il y a un an, un journaliste slovaque avait quant à lui comparé la Gárda à l’ancien Hitlerjugend et, plus récemment, le Ministre slovaque des affaires étrangères demandait aux autorités hongroises d'intervenir afin que cessent enfin les activités du groupe.

Alors que de telles déclarations viennent s’ajouter aux différends entre la Hongrie et ses voisins, une curieuse rencontre a eu lieu à Bratislava entre la Gárda hongroise, le parti d'extrême droite hongrois Jobbik et leurs homologues tchèques: la Garde nationale et le Parti national tchèques. Toujours selon un rapport détaillé sur leur site, les représantants de la Magyar Gárda tentaient un rapprochement et envisageaient une collaboration avec leurs “amis” tchèques, mais les différents groupes ne sont pas parvenus à tomber d’accord sur les questions liées au passé, comme le traité de Trianon ou les fameux décrets de Benes...

Anna Bajusz

 

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