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Valami mást?


By JFB - Posted on 16 novembre 2010

Ce n’est pas vrai. D’abord qu’est-ce que t’en sais? Tu racontes des histoires ou bien t’as inventé. Mais non y’a pas de danger. Arrête ton cinéma. Et si tu racontais n’importe quoi

Vertige.

Sur le pont Erzsébet je regarde à la dérobée cette masse d’eau mouvante. J’ai peur des tourbillons. Pas s’approcher trop prés. Je vais me faire engloutir. Oui, c’est ça, ne plus avoir pied, se faire gober, mangée toute crue par le Danube.

Au café le matin, Ivan est saoul sans le sou. Il me demande 140 forints, la main sur la bouche au comptoir, faut pas savoir. Je me déteste à lui donner mais je lui donne quand même. Saleté de bonté. Je suis catastrophée. Je l’ai catalogué, ivrogne qui n’a plus pied. J’ai peur qu’il disparaisse, j’interroge la réalité. Ivan, ce jour-là voulait boire. J’en ai fait toute une histoire.

La télé du café le matin nous gobe comme des idiots. Des morts à tire larigot. Des histoires de voisinage. Des histoires à dormir debout. Du racolage de bas étage. De la fabrication de merdier qui fait aboyer. Les méchants, les saletés. Une réalité détournée. Faut pas se faire avoir.

Et puis il y a cet enfant. C’est comme un conte de fée. Il a 11 ans. Les enfants me racontent. Il chausse du quarante. Une vie bien remplie. Cheval, tennis, arts du cirque. Il aime à en parler : je suis parti faire des tournois à l’étranger. L’entraîneur dit que je suis doué. Ah oui, à Paris aussi j’y suis allé, j’ai mangé tout là-haut au sommet de la tour-Eiffel, tu sais, le buffet. Mon père a beaucoup de chevaux. Ils sont beaux. J’ai mon préféré. Mon grand-père doit partir en Inde, il n’aime pas la Hongrie. Peut-être qu’il ne reviendra pas. Tu ne sais pas? Non, deux semaines, trois mois, je ne sais pas. Ma mère travaille beaucoup. Le soir je suis souvent seul. Enfin, j’ai mon petit frère, il a tout juste un an. Je lui raconte des histoires et puis je lui dis aussi que quand je serais grand je partirais d’ici. J’irais en Amérique. J’apprends à cuisiner, comme ça je pourrais voyager. J’habite à la campagne. Les chevaux, je les regarde. Je les vois tous les jours.

Un jour, c’est lui que je vois en vrai, l’enfant qui fait rêver. Il est blond et poli, poli avec délectation. À 11 ans, presqu’un dandy, à l’aise sur tout, une élégance qui cherche à plaire.

Quand je parle français, ses yeux brillent. C’est joli, il me dit.

Coup de sonnette, les parents. Changement de décor. Le père. Regarde les murs. Pense peinture. Il est peintre en bâtiments. La mère. Plus bavarde et fatiguée. Les trajets. Les trajets quotidiens. Les trajets quotidiens sont longs. C’est toujours Budapest. Elle lève les yeux. Sans ses appartements hauts de plafond. Plutôt des boîtes à vivre. Ici, on dit « panel ». c’est sûr qu’il s’ennuie là-bas. Ah, non, je ne veux pas de deuxième enfant. Oui il s’ennuie là-bas. Il traîne en bas ou se colle à l’ordinateur. Il y a bien eu ce stage de tennis, l’entraîneur m’a dit qu’il était doué. Mais entre école et trajets, il ne peut pas faire d’activité, c’est trop serré. Les arts du cirque, le vendredi, c’est tout ce qu’on a pu caser.

Je baisse les yeux. Frissons. Je vois les chevaux, le petit frère, le grand père, l’Inde, Paris et l’Amérique. Vertige.

Françoise Szelevényi

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