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VALAMI MÁST?


By JFB - Posted on 29 octobre 2010

Je l’avais pourtant bien mis de côté, chassé à coups de pieds, écrabouillé des deux mains. Un petit paquet serré qui prend pas beaucoup de place coincé au fond du ventre, à l’abri des regards. Bien sûr des fois, ça remuait là-dessous. Fallait savoir s’y prendre. Inventer des histoires. Faire semblant d’y croire.

Je me suis prise au jeu, devenu experte en la matière. Je savais faire taire la bestiole et l’envoyer balader: cet endroit n’a pas existé, ça ne tient pas debout, tu as rêvé. Et j’en rêvais parfois à me réveiller en sueur, en pleur ou d’un seul coup les yeux écarquillés.

Ce soir du 31 décembre, je n’ai pas dérogé à la règle. Mécanique bien huilée. Quand ça a gigoté là-dessous, j’ai eu de quoi m’indigner.

J’étais chez des amis, dans un village en Hongrie. Chaleur humaine, vitres embuées, les cœurs dilatés. À boire aussi. Beaucoup de fumée. La vie qui danse, dense. Des gens d’ailleurs, d’Italie, de France et d’Allemagne. Des hongrois partis vivre dans ces pays et des hongrois d’ici. Les langues se croisent. Les rires surtout. Et sur des blagues, une ribambelle de blagues. C’est qu’il y a traduction après le rire général. La même blague, quatre fois secouée de rire, à intervalle. On attend le rire de l’italien, celui de l’allemand s’est déjà croisé avec le rire du français, ou l’inverse, tout autrement, tout à côté, en décalé. On rit de s’attendre, de se surprendre. Des blagues à rires multipliés dans des langues différentes.

Il est minuit moins deux. Dans ce vacarme joyeux, un silence se prépare. Tout le monde se met debout. Debout autour de la table. Eszter met la radio en marche. C’est l’heure de l’hymne hongrois.

Le silence est palpable. L’émotion fait des vagues. Les hongrois exilés ne retiennent pas leurs larmes. Une histoire qui m’échappe, mais qui résonne drôlement.

J’ai mon ventre qui se tortille, je serre les mâchoires. Touchée mais pas couler. Garder la tête haute. Il est temps que ça s’arrête, je ne sais pas quoi être. Je tends ma peau et me hérisse.

Les drapeaux, j’en veux pas. Nationalisme, très peu pour moi.

Avec mon ventre qui se gonfle de larmes, mon armure épineuse, je tiens le coup et m’indigne. On ne pourra pas m’avoir.

Mais le paquet ficelé, au fond du ventre coincé, ne tient plus qu’à un fil. Il m’échappe, il remonte, il remonte jusqu’au cœur. Ce ne sont pas des drapeaux qui flottent. Odeurs. Je ne sais pas raisonner. Odeur de terre, odeur de lumière, odeur de pluie et de pierres. Je vois mes genêts jaunes, je les entends claquer. J’entends l’herbe qui chauffe. Je touche l’endroit perdu, l’endroit précieux aimé que j’ai écrabouillé parce que je n’avais pas le choix. Il se déploie, change de couleur. Douleur. Je ne suis plus à l’abri, je retrouve mon cœur.

Françoise Morizet 

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