Tragédie écologique

Déversement de boues toxiques en Hongrie

Neuf morts, plus de 120 blessés, une rivière contaminée, une superficie de 40 km2 recouverte de boues rouges toxiques – voici le premier bilan, encore provisoire, de la catastrophe survenue le 4 octobre dernier dans le département de Veszprém, à l’Ouest de la Hongrie. Les conséquences à long terme et la recherche des responsables soulèvent des question très délicates.

Lundi 4 octobre, un couple qui circulait en voiture sur la route menant au village de Kolontár a soudain observé un phénomène digne d’un film catastrophe : une immense vague rouge a déferlé sur la route et, avant qu’ils ne comprennent ce qui se passaient, a renversé leur véhicule et a commencé à s’infiltrer dans l’habitacle. La boue a alors recouvert leur jambes et ils ont dû attendre 40 minutes, enfermés dans leur voiture, avant que l’un des hélicoptères de secours dépêchés sur place ne les découvre. Victimes de nombreuses brûlures, comme plus de 120 blessés, ils ont toutefois eu la chance de survivre à cette catastrophe, qui a par ailleurs causé la mort de 9 personnes, survenue lorsque le réservoir de l'usine de bauxite-aluminium MAL Zrt située à Ajka, à 160 km à l'ouest de Budapest, a cédé, inondant les villages avoisinants, Devecser et Kolontár.

On estime qu’au total un million de mètres cubes de boues rouges se sont échappés du réservoir de l’entreprise. Le gouvernement hongrois a déclaré l'état d'alerte dans trois départements de l'ouest du pays. Jeudi dernier il a également demandé au centre d'information et de monitoring de l’Union européenne (MIC) qu’il envoie des experts dans le traitement des catastrophes. Le MIC dépêchera ainsi 3 à 5 agents en Hongrie. La boue rouge en question est un résidu toxique et très corrosif, issu de la production d'aluminium, composé d'éléments particulièrement nocifs comme le plomb. Selon les résultats publiés par l’Académie des Sciences Hongroise, la matière n’est pas radioactive. Greenpeace a également relevé la présence d’arsénique, de chrome et de mercure dans la boue.

La coulée de boue a détruit la nature et les culturs sur 40km2 et tué toute la faune et la flore de la rivière Marcal. «Nous avons déversé des tonnes de plâtre dans le fleuve Marcal et espérons endiguer le flot toxique de cette façon», a déclaré la porte-parole du service de lutte contre les catastrophes, Györgyi Töttös. C’est en effet ainsi qu’ils étaient parvenus à protéger l’écosystème de la rivère Rába et le Danube par le passé. Cependant, selon les experts, il est encore trop tôt pour parler des conséquences à long terme de la catastrophe. Parmi les solutions avancées, ils suggèrent notamment de renouveler la terre et de recourir à la culture de plantes qui ont pour effet de neutraliser l’effet des métaux lourds, comme le tournesol ou le colza.

La police a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer l’origine de la catastrophe, qui pourrait être due à une négligence. Le Premier ministre, Viktor Orban, a jugé possible qu'une erreur humaine soit à l'origine du drame, soulignant que rien ne permettait de penser qu'il soit d’origine naturelle. Le secrétaire d'État à l'Environnement, Zoltan Illés, a évoqué qu’«une quantité de boue plus élevée que celle autorisée a été stockée dans le réservoir numéro 10». MAL Zrt a souligné dans un communiqué que rien ne laissait présumer d’une telle catastrophe et que la dernière inspection du bassin de rétention, lundi 4 octobre, n'avait rien révélé d'anormal. Une autre question se pose : qui dédommagera les vicimes de cette catastrophe humaine et écologique ? Selon la société s’assurance Aegon, MAL ZRt ne dispose que d’une assurance de 10 millions de HUF, ce qui ne pourra en aucun cas couvrir les besoins et demandes des sinistrés.

Le Premier ministre recommande aux habitants de Kolontár de ne pas retourner dans les maisons envahies par la boue. «Il n’est plus possible de vivre ici », a-t-il déclaré.  Pour éviter que le bilan ne s'alourdisse, les autorités hongroises ont ordonné l'évacuation complète du village de Kolontár vendredi soir. Elles craignent en effet une deuxième coulée de boues rouges toxiques, la digue, qui retient encore des millions de mètres cubes de boue, étant de nouveau en train de se fissurer. «L'évacuation de Kolontár a été entamée à six heures du matin, après que nous avons constaté l'affaiblissement de la digue du réservoir numéro 10», a précisé le chef des services anticatastrophe, Tibor Dobson. Les quelque 800 habitants de Kolontár ont été évacués par bus à Ajka.

Judit Zeisler

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