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VALAMI MÁST?


By JFB - Posted on 04 octobre 2010

Deuxième colonne, deuxième! Et déjà une vague allure de rendez-vous régulier.

Eh, eh, va falloir veiller au grain, ne pas s’endormir sur ses lauriers, se vautrer dans les habitudes. C’est vite là ces petites bêtes, ça se cache dans les coins, ça prend le même chemin. Le même trajet, tête baissée, ventre serré. Y’en a même qui chuchotent «C’est comme ça, tu n’as pas le choix, de quoi tu vas avoir l’air? t’as pensé à ta mère?» Des petits poisons qui tournent en rond, des «copié collé» à foison.

Il y en a aussi de plus légères, moins accrochées à la chair, celles qu’on répète avec soin, patiemment.

C’est l’histoire de mon café le matin, dans le même café le matin, chaque matin. Ça crée des liens. Un café de quartier, rien de particulier, ouvert tôt le matin.

J’ai choisi le tabouret à gauche du comptoir. C’est ma place. Pendant un an je me suis perchée sans rien dire. Intruse, étrangère, je me taisais, regardais et écoutais. Je goûtais l’ambiance: Pali, le serveur, un rien ronchon, usé par le métier, une bonne bedaine, au fond très tendre. Ándi, la serveuse qui est là quand Pali ne l’est pas, petite bonne femme tout en muscle, la langue bien pendue, n’a pas froid aux yeux. Elle en a vu de toutes les couleurs. Son mé-tier, c’est une vocation. Elle y met tout son cœur.

De loin en loin, on s’est rapproché, comme qui dirait, habitué. On en est presque aux confidences. Nos familles, nos rhumes, nos rancunes, nos victoires, tout y passe. Le temps aussi.

Peti, je ne l’ai jamais revu. Il était pourtant bien des nôtres. Il rendait des petits services au café et quand il faisait froid, il pouvait être au chaud. Il marmonnait, Peti, sans toutes ses dents, il marmonnait. Sans parler, à personne en particulier. Des bribes d’histoires anciennes, de vieilles amours déçues ramassées en plein cœur. Il avait dû être beau, Peti. Le jour où je l’ai vu tout gris, sa peau avait fini de respirer. La vie foutait le camp. Il est mort deux jours plus tard.

On a continué à se souhaiter une bonne journée, au café.

Laci, à cheval sur le tabouret à ma gauche, s’est efforcé, plus qu’à l’habitude, de détendre la communauté avec des blagues de rien, presque un bout en train.

Károly parlait encore plus fort que d’habitude, de sa femme aussi, très fort. Terriblement grossier et généralement en colère.

Kati, toujours pimpante, Kati qui fait ce qu’elle dit, Kati n’a rien dit. On s’est choisi une table, à l’écart, loin des habitudes et du vacarme. Dehors, une jeune fille se recoiffait face à la devanture du café, comme dans un miroir, sans nous voir, à l’abri de la pluie. Avec Kati, on n’a rien dit, ensemble. Quand on est parti, chacune de notre côté, on a ri. On avait les mêmes parapluies. Ce jour-là, deux parapluies bleu ciel se sont éloignés sous la pluie…

Szép napot kívánok!

Françoise Morizet

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